Un
peu d'histoire de Balagne
Des populations il en est passé et resté en Balagne depuis 6
000 ans av. J.-C., comme en témoignent les nombreux sites pré et
protohistoriques.
Si, dès l'Antiquité, les Phéniciens, les Grecs, les Etrusques
ont croisé en Balagne et dans le golfe de Calvi, leur influence ne semble
pas avoir été grande sur les Corsi retranchés à l'intérieur
des terres. Il en va tout autrement des Romains présents pendant de
longs siècles.
A partir de campements, puis de cités qu'ils fondent sur le littoral,
c'est toute la Balagne qui est fortement romanisée puis christianisée.
La région s'ouvre sur le monde méditerranéen et connaît
alors un développement prospère
Malheureusement avec la chute de l'Empire romain commence une longue période
où l'insécurité domine.
Aux incursions barbares du haut Moyen Age, succéderont les rivalités
des puissances continentales (Pise, Gênes, Office de Saint-Georges, Aragon, états
de Berbérie, Angleterre, France) qui se disputent la maîtrise
des mers et surtout les mises à sac et les razzias des Barbaresques
qui perdurent jusqu'en 1830. 
A partir du Vème siècle toutes les petites villes et bourgades
romaines du littoral sont détruites, les populations regagnent les hauteurs
et vivent de plus en plus en autarcie à l'écart de la mer.
Dans l'intervalle de ces temps sombres et bousculés,la periode pisane
(XIéme- Xllléme siècle) apparaît comme un havre
de paix qui correspond au plus grand essor de l'art roman. Chaque village de
Balagne voit s'élever un ou plusieurs lieux de culte, à tel point
que l'on a parlé de « sainte Balagne».Puis la république
marchande de Gênes, victorieuse, développe une politique tout à fait
différente visant à la défense de sa flotte à partir
de citadelles et à l'administration de la Corse depuis celles-ci. Calvi
devient la capitale militaire de la région, Algaiola, plus centrale,
semblant davantage s'occuper du commerce des huiles et des céréales.
A l'intérieur des terres, les descendants d'une féodalité d'armes,
jadis envoyés par le pape pour chasser les Maures, jouent un rôle
de plus en plus grand, politique et économique - voire militaire -,
tout en rivalisant d'intrigues entre clans opposés. Parmi les castelli
de ces familles de seigneurs, citons ceux des Massa à San Columbanu,
des Savelli à Sant'Antuninu et à Curbara, des Malespina à Belgudè.
Les
villages de cette époque médiévale sont nombreux
: Lama, Montemaio, Cassanu, Pigna, Curbara, Sant' Antuninu, Monticellu,
Spiluncatu, Musuleu, etc.
Aux XVIème et XVIIème siècles, victimes de la peste et
de la malaria, les populations se tournent encore davantage vers l'Eglise : à la
piété des confréries, des lieux de prière, de pénitence
et d'entraide s'ajoute la dévotion à la Madone et aux saints.
Suite au
concile de Trente, les piéves sont réorganisés,
de nouvelles paroisses sont créées. D'abord influencés
par le maniérisme romain, les édifices religieux
sont alors fortement marqués par le baroque qui survivra
jusqu'au XIXème siècle. Les sgio, descendants des
premiers seigneurs, ou encore venus du sud avec les Cinarchesi
grâce au jeu des alliances matrimoniales, deviennent de “ riches “ propriétaires
terriens habitant dans les palazzi, avec un nombre important de
journaliers et de petits propriétaires à leur dévotion.
Au cours
des ans et des décennies, ces tendances structurelles vont
s'accentuer avec la montée de nouveaux sgio, par le biais
des fonctions d'Etat, personnages politiques, juges, avocats. Excepté la
région de Calinzana et surtout celle de la “ Balagne
déserte “, la Balagne ne connaît pas les communs. Calvi
la Génoise fait bande à part. Protégée
derrière sa citadelle, mais marchande et ouverte sur le
monde méditerranéen dont elle participe, elle fait
le lien entre celui-ci et la Balagne profonde des villages retranchés
sur les hauteurs. Cet ordre des choses perdurera jusqu'aux dernières
décennies du XIXème siècle qui manquera l'apogée
de la société corse traditionnelle, tout compte fait
peu influencée en profondeur par l’avènement
de la Corse française.
Puis, comme
pour le reste de l'île, ce sera le brusque effondrement de
cette société, aggravé par les pertes de la
Grande Guerre, avec l'exil des populations vers les colonies ou
le continent, vers les deux métropoles aussi, Bastia et
Ajaccio, et l'abandon concomitant de son économie. Depuis
la fin des années 1950, la Balagne, essentiellement la partie
littorale et ses deux pôles attractifs, Calvi et plus encore
L'Ile-Rousse, relève quelque peu la tête, avec notamment
le développement du tourisme et un certain redémarrage
viticole.
Mais les
villages de l'intérieur, si attachants, ne reprennent vraiment
vie, et encore artificiellement, qu'avec le retour estival de leurs
enfants de la diaspora, retour parfois plus long ? pour les retraités,
attachés à leur origine mais dont les propres enfants,
nés sur le continent, goûtent surtout les plaisirs
de la mer.
Après
s'être retranchée pendant de longs siècles
sur les hauteurs, la Balagne redécouvre la mer.
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